jeudi 9 août 2018

Méditation / Père Dekeyser



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Francis Dekeyser est prêtre orthodoxe à Béthanie. 

Il a longtemps pratiqué avec KG Durkheim.


De quoi s'agit-il ? « Le chemin n'a pas de but, le but c'est le chemin. » La méditation n'est pas un exercice qui viendrait « en plus » dans mon planning quotidien au début et à la fin de la journée. La vie est méditation. L'exercice particulier que je pratique et que j'appelle méditation est un rappel et l'approfondissement d'une manière d'être qui gravite autour de deux pôles : « l'expérience » de ma nature essentielle, qui me libère de l'angoisse due à mon manque d'être et « la transformation créatrice en un devenir conforme à mon « mandat céleste » pour reprendre une expression de la tradition taoïste. 
La forme que je suis tend à manifester cette image innée en chacun de nous, qui évolue dans la mesure du contact que j'entretiens avec ma profondeur. Cette attention sans tension s'exerce précisément dans l'acte de méditer. 
Ma vérité est « révélation » par l'expérience d'une qualité intérieure que Dürckheim appelle « l'être essentiel ». Dans la tradition chrétienne on utilise le mot « esprit » (du ternaire « corps-âme-esprit ») pour désigner en nous le réceptacle des énergies incréées du Saint Esprit. Une telle expérience pourrait se résumer en un mot : l'hésychia (L'invincible tranquillité du cœur). 
Nous devons cependant distinguer les grandes expériences de l'Être qui sont extrêmement rares, et les brefs contacts de l'Être qui eux parcourent notre quotidien et dont bien souvent nous ne sommes pas conscients, préoccupés que nous sommes par l'avoir, le savoir et le pouvoir. 
Quand il arrive dans notre chemin de vie que la grâce opère en nous un « vide » mental, ne serait-ce que durant quelques secondes, nous éprouvons alors une impression d'extraordinaire liberté. Du dedans de nous émerge soudain quelque chose qui donne à toute situation une qualité particulière. Mais, de toute évidence, notre manque de disponibilité à l'instant présent nous coupe de cette expérience et nous ramène rapidement dans le flux ininterrompu des pensées et des émotions. 
Que faire alors ? Simplement, revenir ici et maintenant dans l'attitude méditative, en s'appuyant sur l'intelligence de notre corps. Le premier principe à mettre en acte est celui de l'alignement : « La droiture, mot qui résonne en nous sur des plans de plus en plus profonds. Cette droiture s'exerce et elle change ma manière d'être là à l'instant. 
Le Christ dit que dans les moments de grandes épreuves nous devons « nous redresser » ... Cela est signifié dans l'évangile de la fin des temps. Tous les arts chinois ou japonais insistent sur l'importance de la verticalité, de la juste tension de cet axe qui relie en nous le ciel et la terre. Il s'agit donc d'expérimenter par l'observation de ma tenue. Ce travail est particulièrement important pendant la
méditation.
 
Il y a en nous un affaissement chronique qui nous fait « courber l'échine » et dénote un abandon de notre vocation céleste. Le corps ne ment pas. Il est notre meilleur allié dans la prise de conscience de notre motivation profonde d'être le « pont » entre le ciel et la terre ; d'où le mot « pontife » qui désigne celui qui réunit ces deux pôles et qui célèbre cette loi ontologique à laquelle nous sommes invités à participer.  
Grâce à cette verticalité assumée notre regard sur nous-même et sur le monde se transforme. Nous commençons alors à percevoir que la vie n'est pas dans l'effort du petit moi volontaire, (je me réfère ici à toutes ces spiritualités du « il faut »), mais dans le « non-agir » souvent bien mal compris si l'on s'imagine être invité à ne rien faire ou à se laisser vivre. 
C'est une invitation à coopérer et à s'inscrire dans le mouvement de la vie en nous. Dès lors, peu à peu, l'harmonie se rétablit en moi et me libère du carcan de mes inquiétudes. Je vais alors aborder cette vie en retrouvant « le juste milieu ». Trouver l'équilibre dans tous les domaines, et observer si des ajustements s'avèrent nécessaires. 
Tout cela me ramène à moi-même et à l'être essentiel ou « esprit ». Cet « esprit » est la traduction du grec « pneuma » qui signifie le « souffle ». 
Quelle découverte alors ! : Il y a en moi ce souffle relié au Grand Souffle : le Souffle de mon souffle.
Toute ma méditation va me conduire à une rencontre avec cette présence mystérieuse qui respire ici et maintenant et qui est la matrice de mon devenir. Il ne me reste plus alors, si je puis dire ! qu'à exercer cette attention au souffle dans la conscience de mon architecture corporelle, ce corps même que Saint Paul désigne comme étant un temple. Dans ce temple vivant que je suis, je peux ainsi célébrer la vie qui va et qui vient, cette vie dans laquelle pendant l'expiration je peux me lâcher, me donner et m'abandonner, et pendant l'inspiration vivre une nouvelle naissance.
 
Le Christ nous dit : « Voici, Je fais toute chose nouvelle. » Oui ! Et Il le fait à chaque instant chez celui qui « adhère » à Lui de tout son être. « La pratique, c'est l'intensité de la vigilance permanente. » Cette phrase que l'on attribue à Patanjali et chère au père Alphonse nous indique le sens profond de notre vie.
Le Christ nous invite à chercher d'ABORD le royaume intérieur, cette Vastitude silencieuse du cœur de l'homme, et le reste va trouver sa place et son sens....
 
Je vous dis toute mon amitié en Christ, à bientôt !
Père Francis

Merci à Jean D, fidèle du Blog de nous avoir transmis ce texte magnifique.

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8 commentaires:

Anonyme a dit…

MERCI
Karl

gerard teron a dit…

J`apprecie particulierement ces personnes qui dans leur religion ont une pratique pour se re-lier .

Anonyme a dit…

merci Alain
très inspirant
Catherine D.

Sandra F. a dit…


Bonjour,

Je suis un peu émue et surprise de découvrir un texte du Père Francis sur ce site que j'apprécie tant. J'ai effectué des stages sur le hara avec cet homme qui est un être véritable d'une grande beauté.

Tous les cours d'eau se jettent dans l'océan.

Merci Alain.

Avec amour sur la voie, sur les voies ...

Sandra

dimitri banzet a dit…

Merveilleux.
Voilà qui donne un allant . :)
Gratitude .

j-p gepetto a dit…

Témoignage de Grande Qualité...
Gratitude.
jp gepetto

Gjm corvée-duthu a dit…

je renouvelle ma gratitude à Béthanie, le Père Alphonse et Rachel nous ont accueillis, ses parents, quelques jours après le décès de notre plus jeune fille.
ils font partie des quelques personnes qui nous ont soutenus et que nous pouvons compter sur les doigts de la main.

Merci Alain

Marlène a dit…

Magnifique