samedi 15 décembre 2007

Silence

A partager, un texte de Bhakti, trouvé sur le blog de Marion et disponible sur le site sagesse amérindienne...



"Nous avons perdu le silence. Et avec lui, le vide, le courage du chaos, de l'insondable. C'est dans le Silence que le Grand Mystère a pris forme. Avant Tout, il y eut le silence….Il est le germe fécond de toute création.

Les traditions amérindiennes placent le silence au Nord sur la Roue de Médecine. Le Nord, là où logent l’hiver, la Sagesse et l’introspection. Ils sont intimement liés….

Dans les sociétés primitives des peuples autochtones, le silence était partie intégrante de toute la société. Et même davantage : le fondement de tous les échanges.

On raconte que le langage des signes a perduré chez plusieurs nations non pas comme outil de traduction ou de chasse, mais plutôt pour respecter tous les êtres vivants qui sont dérangés par notre « tapage » humain et aussi pour développer encore et encore la faculté d’observation.

Dans de telles sociétés, le silence était une manière de laisser être, une règle de non-intervention et l’absence d’explication.

La base du système d’enseignement consistait à laisser les enfants observer et ressentir des impressions pour qu’ils en tirent eux-mêmes leurs propres leçons. Éduquer n’était pas le fait de transmettre des idées mais plutôt de favoriser le contact avec le monde spirituel.

Toute l’enfance en était imprégnée. Le passage à l'âge adulte ne se faisait d'ailleurs jamais sans le rituel sacré de la quête de vision. Cette dernière, une retraite de jeûne, de prière, de solitude et de silence de plusieurs jours révélait la voie de chaque être.

On retrouve partout cette quête de vision et elle se pratique encore . Dans cette quête, le silence y est une attention aux signes, car tout peut nous révéler une vérité sur nous-mêmes et sur le monde dont nous faisons partie.

Si vous avez des amis amérindiens, vous vous êtes certainement étonné ou heurté à leur silence; dans un groupe qui bavarde, ils sont toujours en retrait, observant et n’intervenant que parcimonieusement. Ils ne vous couperont jamais la parole. Ce que nous serions tentés de considérer comme une déficience ou inaptitude à communiquer recèle plutôt une grande sagesse. Le silence est tout à la fois la manifestation du respect qu’ils portent aux êtres, réceptivité et grande attention à tous les signes qu’ils perçoivent, disponibilité aux mystères de la Vie.

Peut-être est-ce délibérément que notre société ultra-moderne a banni le silence.Dans nos maisons, il n’est plus possible, la radio et la télévision sont les plus infâmes kidnappeurs de silence. Et s’il arrive qu’ils se taisent, le silence ne s’y trouve déjà plus ; ce sont les bruits des appareils de chauffage, des voisins, des ordinateurs, des cadrans, du réfrigérateur, les innombrables sonneries qui nous l’ont volé.

Alors il faut sortir à l’extérieur. Mais là, les automobiles, un camion qui recule, les gens qui parlent, les travaux de réfection, le voisin qui gratte son escalier l’ont fait fuir. D’ailleurs, on ne connaît pratiquement plus le silence, quelques rares personnes l’approchent encore, en pleine forêt ou en pleine mer, en hiver ou en méditation. Il est devenu tellement rare!

Si rare qu’il effraie souvent lorsqu’il se présente. Combien de personnes paniquent littéralement dans le silence, la solitude, le vide? On allume la télé dès le réveil, on installe les écouteurs sur les oreilles si on va faire du vélo à la campagne et la radio se retrouve dans les bagages de vacances. Et surtout, surtout, on parle. On parle de tout, de balivernes, on médit pour simplement émettre des sons, pour occuper l'espace, réduire notre sentiment d’inconfort et pour soulager nos cerveaux en survoltage.

C'est pourtant au cœur du silence qu’il faut plonger quand tout est à repenser, dans les moments charnière de notre vie. Pour pouvoir recréer, ou simplement défaire ce qui doit l'être, nous devons passer par ce point zéro. Certains font alors une retraite, d'autres de la méditation , d'autres encore se réfugient dans un chalet retiré. Dans les moments graves de notre vie, les difficiles surtout, nous sentons tous l'urgence du silence.

Mais pourquoi attendre d'y être forcé par des circonstances extérieures qui ne nous laissent alors que peu de choix. Comme toute "médecine" préventive, le silence est absolument essentiel à notre équilibre mental et physique. Il nous aide à nous retrouver, comprendre notre réalité et offre la distance nécessaire à nos prises de décision. Comme une cure de santé, une cure de silence est porteuse de mieux être. Il est le précieux point de départ pour y voir clair et ainsi remanier nos vies. Il nous permet de nous rencontrer face à face et d'affronter avec courage tout ce qui se tapit dans notre tapage quotidien. Il n'est certes pas facile de faire tomber les fausses représentations que nous nous donnons de nous-même, mais notre liberté s'acquiert à ce prix. Sur la route de l’intégrité et de l’authenticité, Il nous faut retrouver l'habitude du silence.

La direction? Sortie côté jardin, côté forêt, fleuve, mer, désert… Saisir toutes les occasions et tous les prétextes pour sortir du bruit, du tumulte de la ville et de nos maisons micro-in-ondées… et pour nous taire.

Avec une économie de gestes , abordons la Nature comme un temple sacré. La Nature, c’est tellement plus qu’une somme d’arbres, de plantes, d’animaux et de phénomènes . Un de ses grands bienfaits, pratiquement ignoré, c'est qu'elle nous livre les messages que le Grand Mystère, ou nos guides, ou les anges, ou Dieu, selon nos croyances, veulent nous signifier.

Quand la Nature semble toute tendue, en attente, comme une mère dont l’accouchement commence, alors, dans cet espace ténu et fragile où tout est possible nous approchons le fertile silence.Et les êtres capables de silence en sont transformés. Ils deviennent libres-penseurs, artistes créateurs de leur propre vie, critiques et paradoxalement plus humains.

Car ils voient , dans ce miroir du vide, au-delà de l’apparence des événements et y atteignent, pour beaucoup d’entre eux, le non-jugement et même la compassion."

17 commentaires:

m.des a dit…

genial
merci Julie pour ce texte de Bhakti

ipapy a dit…

Génial Julie, ce matin la méditation dirigée portait sur le silence et sur la manière dont il nous enseigne. Je m'apprêtais à la retranscrire. Ce n'est plus la peine. Merci

martine a dit…

Merci Julie et merci Marion, je trouve ce texte superbe.

Stéphane a dit…

MERCI.

carmen JC a dit…

Merci pour ce magnifique texte, qui peut m'etre d'une grande aide en ce moment, ou je me sens bousculée par la vie,je retiens aussi que l'on avance pas à pas.
Merci à vous tous
Carmen JC

Anonyme a dit…

"Allez tranquillement parmi le vacarme et la hâte, et souvenez-vous de la paix qui peut exister dans le silence." Extrait du texte d'un auteur inconnu trouvé dans l'église de Baltimoreen 1692.

gjm a dit…

Cela me rappelle l'entretien d'Arnaud avec Jacques Chancel : Le silence d'où peuvent jaillir tous les sons.

Et aussi les dernières notes de Papa, sorte de testament :
Le silence est le remède à tous les maux.(Talmud)

Et aussi bien entendu (!) : L'éloge du Silence de De Smedt.

Stéphane a dit…

Le dimanche matin, le flagrant silence me touche parfois quelques minutes et c'est là que je me rends compte qu'il me manque.

Corinne a dit…

Merci Julie, je n'avais pas vu qu'elle avait mis des textes sur son site, l'amie Bhakti. Je les ai lus.Et j'ai bien reconnu la justesse et la profondeur de ce qu'elle transmet.

Anonyme a dit…

Ce texte me donne envie de m'éloigner un peu de mon quotidien pour me trouver dans le silence et la solitude. Ce texte a mis des mots sur ce que je ressentais. Oui, quand on est en période de crise, c'est certainement ce qu'il y a de mieux à faire, si on peut.
MERCI.
Pascale

Anonyme a dit…

Sans être un non sens, bien au contraire pour que le silence ne tue plus:

Bonjour,

Est-ce que tu es au courant de ce qui se passe actuellement en Birmanie?
Ce pays est dirigé par une dictature militaire des plus brutales. Le mois dernier, les bonzes et les religieuses de Birmanie ont mené une grande marche pour la démocratie. La population Birmane est descendue dans la rue pour montrer son soutien. Bien que les bonzes aient été violemment attaqués par le régime militaire, le mouvement de protestation continue à mobiliser autour de lui.

Je viens de signer une pétition qui demande à la Chine et au conseil de sécurité de l´ONU de faire pression sur les leaders de Birmanie pour arrêter le massacre. La pétition, qui a réuni près de 750 000 signatures en moins d'un mois, a été remise au Royaume Uni et publiée dans des journaux dans le monde entier. Nous souhaitons recueillir 1 million de signatures - vous pouvez signer la pétition ci-dessous et en parler à tout le monde autour de vous:

http://www.avaaz.org/fr/burma_hope_lives/98.php/?CLICK_TF_TRACK

Merci de votre engagement!

akidbelle a dit…

Merci, je vais l'imprimer et l'afficher. Le silence est d'Or. La parole, souvent, le someil..
A+
Jacques
(et pour l'auteur téméraire du commentaire précédent: Et pour combler le vide, maintenant, les spam!)

philippe a dit…

Depuis plusieurs années,je me dit que c'est ds le silence que tout se dit et tout se fait.
Merci de cette nourriture.

Anonyme a dit…

texte nourrissant,tout comme Ranchi
Ah, silence bien aimé!
Merci Julie
philippe g

yannick a dit…

Je me souviens de Marc de Smedt commençant sa conférence peu après la sortie de son livre:
"Parler du silence, c'est un comble!"

Anonyme a dit…

A vous Akidbelle, qu'il est triste et amer de vous voir enfermé dans votre mur de "silence" au point de ne pas entendre le bruit des balles qui tuent votre frère.
Non ce n'est pas un spam au contraire, juste pour faire circuler l'info en direct .
Je vous souhaite sincèrement q'un jour vous atteignez le parfait silence de votre Etre. Ce jour vous ouvrira la porte de l'action pour que non seulement vous mais toutes formes de vie puisse accéder à la Paix.
"quand les hommes vivront d'amour, il n'y aura plus de misére , les soldats seront troubadours ,mais nous nous serons morts mes frères" et si on entendait aujourd'hui dans nos coeurs le chant de l'appel pour relever ce défi..

Anonyme a dit…

Merci Julie, ce texte me fait du bien et me fait sentir combien j'ai besoin de silence.
Merci
Karl