mercredi 21 décembre 2022

Nuit du désert

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6h54 le 12 novembre 2022

 

Dormir sous le ciel étoilé du désert est une bénédiction. Oubliez la définition standard de la bonne nuit du citadin moyen : un sommeil en continu d'où l'on émerge au matin. La nuit du désert est longue, entrecoupée, vibrante. 

En Novembre  le soleil se couche vers 17h30 et se lève vers 7h. La nuit commence autour du  feu. On se retrouve pour une soupe, un couscous, quelques dattes. On parle un peu. Certains repèrent les constellations dans le ciel.  À 20h tout est plié et on retrouve son sac de couchage. L'air est froid et c'est un délice de s'emmitoufler dans du chaud, de sentir la protection du sac et de la couverture. Les muscles sollicités par la marche de la journée se relâchent, le corps devient léger dans  la douceur d'un nid de sable. La fermeture éclair est remontée, la capuche réglée : la tête à l'abri mais le haut du visage, le regard libre, ouvert, grand, aimanté par le ciel.  Le premier regard lorsque l'on s'allonge dissipe un malentendu : nous n'allons pas dormir allongé sur la terre mais lové au creux du ciel. 

Durant quelques heures somptueuses, il n'y a pas de distance avec le bleu sombre et intense du ciel, avec  les milliards d'étoiles. La vision distingue certaines étoiles plus brillantes, l'immense traînée lumineuse de la voie lactée, mais la distance a disparu. Seules quelques étoiles filantes donnent de temps en temps un rappel de la profondeur de champ. Leur trajectoire évoque  une voûte... Puis de nouveau, l'aspiration dans l'espace. Fermer les yeux est impossible. Comment renoncer volontairement à tant de beauté, comment quitter l'expérience de l'unité avec le cosmos ? Tant qu'il y a encore l'ombre d'un sentiment de séparation, il y a lutte pour voir, rester encore, "dans" le ciel. Puis, il y a ce moment subtile où  le corps atteint les limites de la fatigue et le passage très flou dans le sommeil...Plus tard, aussi imperceptiblement qu'ils se sont fermés, les yeux s'ouvrent à nouveau et retrouvent, comme si le temps n'existait pas,  le vertige de la fusion avec la lumière des étoiles et la densité sombre de la nuit. Le rythme s'installe, de réveil en endormissement, et chaque réveil et chaque endormissement est un bonheur. Les constellations  changent de place, certaines disparaissent, la lune se lève, le bleu semble s'éclaircir, les étoiles s'effacer... Souvent c'est le froid et le sombre, juste avant l'aube, qui provoque le dernier réveil. On remonte la couverture. 

Il y a du temps, infiniment de temps. Rien ne presse. Juste profiter de la chaleur du dedans avant de se lever et d'aller vers le soleil dont la lueur naissante dessine la ligne des dunes. Le corps est reposé. La nuit a été une suite de rappel à l'infini, une approche au plus près du mystère.





9 commentaires:

Thiabaud Jean Marc a dit…

Superbe ! Merci Corinne. Ça donnerait presque envie d'y aller ... !

S'endormir dans ... l'Ouvert, l'espace d'accueil illimité & inconditionnel que "Je Suis", que nous sommes tous. C'est à peu près le seul conseil pratique que j'ai trouvé chez Nisargadatta Maharaj. Mais il est bien sur aussi possible, et recommandé, de se réveiller dans l'Ouvert.

C'est possible partout, ici & maintenant.

Belle & bonne journée à vous deux et à tous les "autres".

Amitiés

Anonyme a dit…

Merci Corinne pour la beauté de ces instants suspendus, merci pour tes mots nous reliant à la présence de notre nature, merci
Catherine De

Anonyme a dit…

Merci Corinne ����

Je vous embrasse de tout cœur et je vous souhaite un Noël joyeux.

Sandrine M

Daniel a dit…

Cela me rappelle quelques souvenirs précieux qui sont restés chevillés à mon corps et à mon âme. Merci Corinne. Joyeux Noël à vous deux. Je vous embrasse.

Stéphane a dit…

Merci .

Christian a dit…

Merci Corinne pour ce texte poétique qui nous ramène à l'Essentiel.
Le mystère de Noël est là aussi pour nous le rappeler. Joyeux Noël à vous deux !

Anonyme a dit…

Merci pour ce magnifique texte Corinne,
Ça donne très envie de replonger dans ce ciel infini
Karl

Anonyme a dit…

C'est tout à fait ça le vécu de la nuit dans le désert sous la voûte étoilée... Tu sais mettre des mots sur l'indescriptible... Merci Corinne
Odile

Jean-Pierre Bossy a dit…

Magnifique description de ta nuit
Enluminée par la voute celeste;
Un précieux partage pour célèbre Noël...
Je vous embrasse toi et Alain de tout le coeur.
JP Gepetto