jeudi 1 mai 2008

Témoignage d'Helen

A force de marcher dans le désert du Hoggar, je dirais même par la force de la marche, la croyance ferme que j’allais mourir d’épuisement (elle m’a tenaillée plus de trois jours) est tombée, et j’ai pris conscience d’une chose toute simple, l’appui du sol sous mes pieds, le sol qui venait à ma rencontre. Ce désert silencieux depuis la nuit des temps m’offrait le soutien vaste de son être-là, indiscutable, immanquable à chaque pas que je faisais, aussi fatiguées que soient mes jambes. Et j’ai fini par le comprendre, sentir que j’étais reliée à cette terre-mère africaine, je me sentais appuyée, je touchais vraiment la terre. J’entends à nouveau la voix calme et posée de Catherine nous lisant sous un arbre pendant la pause de midi la treizième lettre d’A. à une jeune disciple, et qui nous explique que refuser la moitié de la vie qui ne nous plaît pas nous condamne à la séparation. Oui, j’ai réalisé là-bas à quel point la séparation est mon mode d’existence car le désert m’a rappelé cette évidence: que la terre me porte et m’accueille, elle ne m’a jamais refusée, elle.

Alors j’ai le temps de prendre mon temps, puisque je suis portée, puisque je suis tout simplement là. Depuis que je suis rentrée, en tout cas, je ne marche plus comme avant ! Et c’est vrai que le temps coulait doucement, (soullane, soullane) dans le crissement de nos pas sur les cailloux, tandis que nous marchions ‘en caravane’ dans les pas tranquilles et détendus de notre guide Entayent au cœur grand comme tous les déserts. (" Tout est là" nous dit-il, en plaçant sa main sur son cœur, au moment de nous quitter.) Ce temps doux enveloppait notre respiration lors de la marche, offrant au regard les petites fleurs solitaires qui poussent, on ne sait pas comment, au milieu des milliers de cailloux dans la terre rocheuse. Il y avait tout un monde dans ces petites fleurs, la camomille et l’oseille sauvages, elles m’ont aidé à apprivoiser les cailloux, ce qui était une bonne chose, vu qu’il y en avait beaucoup plus que de fleurs! Le temps s’étirait doucement encore dans les moments de partage où, grâce à la grande oreille attentionnée du groupe, grâce au sourire clair de lune de Corinne et au regard soleil d’Alain qui nous distribuaient, avec une régularité sans faille, des paquets cadeaux d’amour inconditionnel, je pouvais me mettre à l’aise en me défaisant des peurs que le désert révélait en moi. Et parfois le temps s’arrêtait, suspendu dans un silence ou dans une sieste en commun, où l’exercice proposé tant de fois à .... "laissez-vous être inspiré" ne présentait plus de difficulté.

Le temps de vivre et l’amour inconditionnel sont pour moi les joyaux de ce voyage, joyaux à transformer en présence cristalline à moi-même, - la présence cristalline, c’est le mot d’Alain citant Douglas Harding, lui-même citant Shakespeare, - pour que le regard se clarifie peu à peu et reçoive vraiment ce qui est là. M’aimer pour le meilleur et pour le pire, ne pas aimer que la moitié qui va bien, ne pas cultiver la séparation en somme. Sans Alain et Corinne je n’aurais jamais fait un tel voyage, je ne serais jamais allée dans le désert. Grâce à ce voyage je me sens plus guerrière, guerrière d’une ouverture plus grande à tout ce qui peut arriver.



16 commentaires:

ipapy a dit…

Merci Helen de ce beau et touchant témoignage et merci du texte de Shakespeare (le post est en attente) Je t'embrasse

carmen J-C a dit…

Merci Helen pour ce magnifique témoignage, ce beau sourire en dit aussi long que tout le texte.

philippe a dit…

C'est toujours un bonheur de lire et de s'imprégner des témoignages des hommes et femmes revenant d'une retraite ds le désert.
Bon chemin Helen.

Anonyme a dit…

C'est très beau et très fort ce que tu écris Helen, le style, le don, la grâce ...
Combat glorieux dans le corps à corps avec sa tête; le marcheur délivre l'homme.
Toute mon admiration à la guerrière.
Madeleine

Acouphene a dit…

Larmes !...

Daniel a dit…

Merci Helen pour ton témoignage. On se revoit à l'AG?

Anonyme a dit…

Ce témoignage me touche beaucoup aussi... J'aime le désert à travers ces mots, en attendant de le vivre vraiment... Merci Hélène.

Anonyme a dit…

Merci pour ce témoignagne touchant et inspirant.Des mots simples, ouverts, qui vont droit au coeur et qui ramène "à la Maison".

Anonyme a dit…

L'anonyme précedent se prénomme Jean-Christophe

Anonyme a dit…

Merci beaucoup de nous donner un peu de ce que vous avez vécu et ressenti. C'est pour moi un cadeau.

Anonyme a dit…

merci helen !je reviens de deux heures de marche seul en foret au rythme du sage intayet et je me disais que jamais plus je ne marcherais comme avant le desert !
un immense bonheur !une immense paix!

Anonyme a dit…

Vive la Guerrière "Etrique" qui grandit en toi. Que ta route soit un arc-en-ciel de lumière.
J-P arco-petto

Anonyme a dit…

Les embruns du désert sont puissants... Merci de nous faire goûter ces gouttelettes... les mots et l'immense sourire pour les transporter.

Anonyme a dit…

Merci Helen,
Ton témoignage et tes découvertes sont une manne pour la progression sur la voie.
Je t'embrasse de tout cœur et à bientôt à Belle Chasse.
Yvonne

Anonyme a dit…

Puissant témoignage que je lis posément, tranquillement. Je voulais le savourer...
Merci Hélen, tu nous combles avec tes mots, tu nous éclaires le chemin un peu plus...
Reste cette guerrière, ne perds pas cette force vécue dans le désert, c'est un cadeau de vie.
Rends Grâce de l'avoir vécu avec autant de force et d'Amour.
Merci Hélen, merci.

Anonyme a dit…

Très touchée par ce que vous me renvoyez dans ces commentaires, et ce que vous m'enseignez à travers eux: que la grâce est dans le regard de celui qui contemple (ou lit), le guerrier aussi, comme une réverbération sans fin. Oui,à bientôt pour l'AG, bonne marche dans le désert ou la forêt, à Bellechasse Yvonne bien sûr, au plaisir d'autres échanges. Soullane!